Bonjour à tous et bienvenue au Japon dans mon univers plein de surprises.
Cette fois, je vous convie à une rencontre inédite, à laquelle j’ai pris un plaisir… inespéré.

Nadeshiko … C’est l’œillet des Alpes japonais, cette discrète et délicate fleur rose qui tapisse les flancs de montagne en été. C’est aussi, Yamato Nadeshiko, dans la culture traditionnelle et très probablement dans l’inconscient collectif, une référence à la femme japonaise idéale, qui exprime sa féminité et sa beauté sans ostentation, sans se faire remarquer. Nadeshiko, c’est également le nom de l’équipe féminine de football du Japon, héroïnes nationales, inattendues championnes du monde 2011. Et Sasaki Norio San est leur entraineur…
les secrets d'un coach de championnes du monde

Séminaire annuel des managers de l’entreprise que je sers au Japon : ouverture par notre président sur un splendide diaporama des  photos les plus poignantes de ces jeunes athlètes prises pendant les derniers matchs de la Coupe du Monde de football féminin 2011. Etonnée, ne comprenant pas très bien où il veut en venir, et irréductiblement française, donc critique voire cynique, je ne peux m’empêcher de glisser à l’oreille de mon voisin : « Bienvenue dans un monde de féminité et de luxe », (nous travaillons pour un groupe international de cosmétiques).

Trois heures plus tard, notre respecté président, de nationalité allemande, revient sur la Coupe féminine de football, soulignant avec un certain humour combien il a admiré la victoire en finale de Nadeshiko sur l’équipe allemande…  Compliment de bon aloi à son pays d’accueil ? Pas seulement : le voilà qui appelle sur scène Sasaki Norio San, le fameux entraineur. Accueil enthousiaste et effaré des équipes japonaises : cet homme est une gloire nationale, une star.

Me voilà bien, me dis-je, je ne comprends rien au football, je trouve le football féminin à 10 000 lieux de mon univers professionnel fait de féminité, de délicatesse, de luxe mais aussi de lutte individuelle au couteau, d’ambition personnelle souvent machiste…

Mais voilà, cet homme est un orateur et un manager hors pair ! Il vous raconte, en toute simplicité et en une heure, comment il était receveur des postes chez NTT sans aucune responsabilité, à sa demande, car il avait cette passion dévorante pour le foot qui occupait tout son temps hors du boulot et surtout son énergie mentale. Comment il a conquis le monde avec une équipe à la volonté de fer, et surtout, sans le dire, comment, au lendemain du Tsunami, il a incarné avec Nadeshiko le symbole d’un Japon qui n’abandonne jamais.

Pèle mêle :

  • Il a été nommé entraineur de l’équipe nationale pour préparer les Jeux Olympiques de Beijing. Son estimation était que l’équipe pouvait atteindre le 4ème rang. Il les a entrainées dans cet objectif, se disant qu’avec l’énergie et la passion qu’elles accumuleraient, elles pourraient probablement  aller plus loin. Elles ont terminée quatrième et très déçues : pas de podium. « Ce que j’ai appris ? », demande-t-il.  « Si vous voulez le meilleur, entrainez-vous pour le meilleur. If you want the best, aim for the best. L’échec n’est pas un échec, il permet d’apprendre. Failure is not a failure, learn from it”. C’est ainsi que pour la grande compétition suivante, la Coupe du Monde de football féminin 2011, les Nadeshiko se sont entrainées pour gagner, et ont réussi leur pari !
  • « Lisez votre ennemi, décodez. Read your enemy ».
  • « Entrainez-vous, répétez, répétez, répétez » (ça, ça m’a particulièrement plu, c’est le moto de mon maitre de calligraphie, Yuuko-Sama).
  • Dans son système, c’est l’équipe qui décide de la stratégie, les seniors posent des questions, écoutent patiemment les jeunes, le jugement de chacun est entendu. Ainsi, à force d’échange, c’est l’équipe qui décide de sa stratégie, de son entrainement, et chacun adhère à la discipline qu’il a contribué à créer. « Value your people ».
  • Il faut accepter que les grandes réussites soient une accumulation de petites choses.
  • Le football féminin était une discipline peu populaire au Japon, ce qui va de pair avec peu d’adhérents dans les fédérations locales, donc peu de réservoir de jeunes talents, pas de possibilité de changer les joueuses en limite d’âge ou n’ayant pas tout à fait le niveau pour de plus jeunes ou plus talentueuses. Il a su faire avec l’équipe existante  et exploiter le talent et les ressources de chacune.
  • « Faites beaucoup d’autres choses, rencontrez des gens, tout viendra nourrir votre principal objectif. Use your own creativity.  Leave, learn, make friends. Everything will nourish your main goal”.
  • « Ne vous protégez pas contre les critiques, apprenez, changez. Change yourself ». (celle-là, j’adore… chacun sait combien j’aime le changement et le développement personnel !).

Ce fut une grande leçon de management, mais aussi une leçon de vie, ou même de vie de famille. Voilà, comment, moi, Stéphanie, allergique au foot, j’ai tout à coup envie d’aller les voir ces filles, pour comprendre comment elles fonctionnent, pour apprendre, découvrir, m’étonner d’un monde qui m’était totalement étranger.

Allons au bout de nos rêves !

Stéphanie DAUDIERStéphanie DAUDIER dirige une marque française de cosmétique au Japon depuis 2011. Diplômée en mathématiques, elle a commencé sa carrière dans le domaine des études de marché et comme enseignante à Paris V, avant d’intégrer l’Oréal. Elle a occupé divers postes marketing et commerciaux et de direction générale. Depuis une dizaine d’année, en plus de ses fonctions, Stéphanie s’implique dans des activités de mentorat et de formation.  Depuis son arrivée au Japon, Stéphanie écrit pour ses proches une chronique sur ses étonnements et ses rencontres au pays du soleil levant. stephanie@daudier.eu

Pin It on Pinterest