Chapitre 19 – Créativité

Muscler son cerveau droit

« L’acte créatif peut être considéré comme le fruit d’une volonté de puiser quelques informations provenant de la mémoire, logique ou irrationnelle, et de les réorganiser d’une manière nouvelle, poussée par l’imagination, l’instinct, l’inspiration, les émotions fortes, voire l’usage de substances générant des endorphines ou tout autre moyen qui pousse le créateur en dehors des sentiers battus, telle l’absinthe De Rimbaud en son temps. »
Au-delà du fameux brain storming, que tout un chacun en entreprise assimile à l’essence de la créativité – parce que la technique la plus connue, facile à mettre en œuvre et la plus utilisée -, la créativité constitue aujourd’hui un vaste champ de recherche et d’applications, tant dans le secteur de l’innovation, du marketing, que du management, et plus timidement, dans l’éducation. Et oui, le vent de la créativité souffle aussi dans certains collèges (plutôt privés pour l’instant) qui proposent à leurs professeurs des formations à la pédagogie créative !
Sa particularité : utiliser et muscler enfin notre cerveau droit, aire de la pensée holistique, créative, du rêve, au service de notre cerveau gauche, le logique, le rationnel, celui qui va filtrer les contraintes de la réalité pour exploiter les fruits de son voisin de gauche et transformer les idées les plus folles en solutions nouvelles pour résoudre un problème, innover en entreprise pour survivre aux crises, oxygéner ses équipes, s’oxygéner soi même.
En résumé, les objectifs de la créativité sont de résoudre un problème, opérer un changement, créer, inventer quelque chose, en privilégiant tous les potentiels et en utilisant les contraintes, car, « dans tout pépin, il y a butin ».
Pour le psychologue américain contemporain Robert Steinberg, la créativité et le leadership, sont intimement liés. D’une part, la créativité est une forme de leadership et, d’autre part, une des trois composantes du leadership est la créativité…
Quel va donc être le parcours du manager qui souhaite s’initier à la magie et au plaisir que la créativité peut apporter dans ses pratiques managériales quotidiennes et au long cours ?]

Ne pas confondre créativité et création artistique

Démonstration par l’expérience vécue : afin d’enrichir mon parcours professionnel de formateur en créativité et d’animateur de cessions créatives et de recherche d’idée, je m’inscris à une formation animée par Isabelle Jacob1 « Les stratégies d’interventions créatives ».

J’arrive donc ce matin d’hiver dans la charmante cour de la rue de Bagnolet qui abrite le Centre de Formation à la Créativité Iris pour deux journées que je sais d’avance riches d’expérimentations, d’échanges, de nourriture intellectuelle et surtout d’oxygène. Je ne croyais pas si bien dire !
Dans un décor proche de l’école primaire, sans tables ni vidéo projecteur, entourés d’objets colorés, de coussins, etc… nous nous présentons en cercle à l’aide de cartes postales (photo langage) en livrant directement notre humeur du jour, en expliquant en quoi ce tournesol « c’est tout à fait moi», et sans aucune présentation professionnelle, assez secondaire en somme.

Après un préambule sur la thématique du jour, nous voici réunis en cercle en exprimant tout ce que la terre nous inspire au son d’une musique africaine tribale.
J’aperçois ensuite, posées au sol sur des bâches, des boules de terre à modeler que nous pétrissons allègrement sans aucune autre finalité que d’explorer notre ressenti…
J’avais pourtant bien vu que le sous-titre du stage parlait des quatre éléments mais j’avoue que cela m’avait paru assez abstrait. J’ai fait confiance car je sais qu’en créativité, l’analogie et la métaphore sont toutes puissantes. Nous voici donc plongés au cœur du modèle de “la Créativité à la lumière des quatre éléments”, développé par Mark Raison, Guy Aznar et Isabelle Jacob, car, en créativité, le processus et le contenu d’une formation sont forcément parallèles. Et oui ! « Pensée, émotions et corps interagissent dans le processus créatif » comme le rappelle le programme de la formation. Mais je ne peux m’empêcher de m’interroger (le cerveau gauche qui fait des siennes) : comment allons-nous arriver aux « stratégies d’intervention créatives », et comment vais-je repartir avec une méthodologie ?
Tout de suite après notre petite séquence de mise en mouvement et de modelage (très agréable), sans attendre que ces sensations, émotions, pensées créatives se dispersent, Isabelle nous invite à les laisser fuser tandis qu’elle les note sur une carte mentale2.
Après le débriefing Terre, nous enchaînons sur l’Eau….
Pour aller à la découverte de nos émotions, pensées, sensations à propos de l’eau, Isabelle nous propose une mise en mouvement très… aquatique et une fresque sur une vague (métaphorique) en mouvement : sensations garanties !

Le lendemain, il nous reste à explorer le Feu et l’Air :
Observation et fascination de la flamme d’une bougie, rythme endiablé d’un flamenco, évocation de corrida, et nous voici totalement conscients du type de personnalité, des émotions et des pensées d’une personnalité « Feu ».

Nous avons gardé l’Air pour la fin, et c’est dans un lâcher de ballons, de plumes et de bulles de savons que nous nous immergeons en début d’après midi pour nous « aérer »…
Ce qui nous amène naturellement à rêver et à matérialiser chacun notre rêve dès l’étape suivante, par le biais d’un protocept. OVNI à mi chemin entre le concept et le prototype, le protocept (exemple ci contre) s’imagine en le fabriquant, comme on démarre une sculpture de la pierre brute. Pour le créer, un tas d’objets bizarres et disparates est à notre disposition sur le sol. Il est assez édifiant de voir comment nous arrivons ensuite à défendre fermement notre protocept, justifiant chacun de ses aspects comme s’il avait fait l’objet de longues études préalables d’un service R&D !

Je passe sur la séquence de convergence qui suit chacune de ces étapes de divergence. Ces étapes sont le processus même de la créativité qui, comme un poumon, inspire la divergence et souffle la convergence vers le problème à résoudre, les points théoriques à aborder ou les enseignements à tirer, à découvrir au prochain épisode.

1. Isabelle Jacob a créé le Centre Iris, premier centre de formation entièrement dédié à la formation, à la créativité et à l’innovation.
2. La carte mentale, carte heuristique ou mind map, est un diagramme qui représente des liens sémantiques entre différentes idées ou des liens hiérarchiques entre différents concepts. C’est une représentation arborescente de données, partant toutes d’un mot clé central, objet des associations d’idées émanant de ce mot clé.

Ma boîte à outils créatifs

A partir de là, différentes pensées créatives, outils de diagnostic et de résolution de problème, techniques de créativités associées émergent pour constituer (ça y est, nous y sommes !), de véritables stratégies d’intervention, extrêmement ciblées, en fonction du profil des clients ou des participants que nous aurons en face de nous, et du type de problématique posée.*

Me voilà donc rassurée sur la finalité de cette formation, qui illustre parfaitement à elle seule le processus créatif. Parce que, en créativité, la théorie naît de la pratique, parce que, en formation, l’animation créative est au cœur du processus d’apprentissage, et que c’est justement grâce à cela qu’on ancre si bien ses principes.
Ma boîte à outils de praticienne de la créativité s’est encore enrichie :

Une véritable grille de lecture, construite en commun, répertorie, pour chacun des quatre éléments les émotions, sensations, pensées créatives, profils métier, portes piégées, porte d’entrée et bien sûr techniques de créativité associées. Je constate que la plupart des techniques (en particulier le brain storming) peut en lui-même, revêtir dans sa forme et sa posture d’animation l’aspect plutôt terre, eau, feu, air selon la situation et le public concernés.

Des modèles auxquels me référer pour choisir ma stratégie d’intervention créative en entreprise et les techniques associées en fonction de la situation : est-ce une situation de révolution (feu), de rêve (air), d’observation systématique (terre) ou d’exploration (eau) ?

De nombreux cas pratiques apportés par les participants pour lesquels ces outils se déclinent avec fluidité et …magie !

J’affûte mes outils et ne tarde pas à trouver toutes sortes d’applications en entreprise. Je ne suis pas longue à vérifier que les résultats sont probants…

NB : L’illustration de ce billet représente une carte mentale. Appelée aussi carte heuristique ou mind map, c’est un diagramme qui représente des liens sémantiques entre différentes idées ou des liens hiérarchiques entre différents concepts. C’est une représentation arborescente de données, partant toutes d’un mot clé central, objet des associations d’idées émanant de ce mot clé. Ici, un exemple de carte mentale réalisée par créativite.net pour explorer la créativité.

Managers, osez la créativité !

Comment le manager va-t-il lever les freins envers la créativité, le farfelu, le hors cadre ? Comment dépassera-t-il les « ça ne marchera jamais », « on a déjà essayé », « on a pas que ça à faire de faire les guignols » et autres idées reçues qui jalonnent les sentiers battus de certaines entreprises ?

Pour le manager créatif, les applications des techniques de créativité sont nombreuses et les résultats bien concrets :

En marketing :

recherche de nouveaux concepts, nouveaux produits, nouveaux services pour innover face à un déclin du marché ou à la concurrence. Recherche de noms, création de marques, de concepts de communication, d’événements, d’opérations, etc… La liste est infinie sur l’utilisation de la créativité dans le champ marketing et les « bureaux d’idées » fleurissent en entreprise, avec des animateurs internes ou externes, comme c’est notre cas.

En management :

pour enrichir les approches classiques de management, fournir des outils et des méthodes différenciantes face à la complexité croissante.
Pour remotiver des collaborateurs démobilisés, peu stimulés, dont certains besoins ne sont pas satisfaits par le lien social, le jeu, le plaisir, la reconnaissance, le sens, le hors cadre, la créativité.

Et plus concrètement :

Conduire le changement de façon stimulante et décliner la stratégie en suscitant l’adhésion, stimuler la cohésion d’équipe et l’envie des collaborateurs différemment, rendre plus attractives les réunions d’équipe et de projet, intégrer les techniques de team building dans le management, devenir un manager-coach créatif (1), etc

En cohésion d’équipe :

À titre d’exemple, nous avons animé récemment deux journées de séminaire de cohésion pour un GIE agricole en utilisant la « démarche créative de Walt Disney »(2). Nous avons choisi de leur faire vivre chacune des étapes du processus créatif mis au point par Disney lui-même : le rêve, la réalisation, et la phase critique qui permet de revenir à la réalisation, amendée des critiques constructives. Évidemment, tous ces séminaires et formations, sont à vivre ! Bien délicat de décrire sur papier le plaisir, les émotions, la construction d’un projet commun, le vécu, le changement de posture qui s’opèrent au cours de ces journées…

En coaching :

Voici un cas de coaching que j’ai abordé avec la technique des 4 éléments : une personne en totale confusion professionnelle cherche à se réorienter. À partir de son profil (feu qui cherche à retrouver le « feu sacré »), et de son histoire, de sa situation, nous voyons tout de suite les attitudes à éviter (portes piégées), et les différentes étapes et techniques associées. Nous avons ainsi pu l’aider à purger ses regrets, déterminer ce qu’elle veut garder, ce qu’elle est prête à lâcher, explorer ses talents, ses réussites, ses muses, ses motivations et aboutir à une stratégie de changement et un plan d’action à mettre en œuvre. Le suivi du cas à quelques semaines d’intervalle a permis de vérifier le succès de la stratégie…

1. Formation : « Souriez, vous êtes un manager créatif », créée par Anna Edery, Arnaud Constancias et Manuel de Sousa, disponible sur le blog
2. La stratégie créative de Walt Disney a été développée en formation par Brigitte Roujol, à partir des travaux de modélisation du chercheur en PNL Robert Dilts

Au-delà des outils et techniques, une posture

Au-delà des outils et techniques, c’est la posture* qui est importante : il s’agit sans cesse de favoriser un nouveau regard, de recadrer, de décadrer, et notamment :

  • Préférer « Oui et… » à « Oui mais… »
  • Adopter le possibilisme : pourquoi pas ?
  • Conserver la faculté d’étonnement d’un enfant de 8 ans
  • Rechercher l’intention positive de son interlocuteur (non jugement)
  • Associer, rebondir sur les idées, explorer les hypothèses à l’aide de “et si…. ”. Rester flexible dans le mode d’intervention, prendre en compte le feed-back de son interlocuteur
  • Rechercher l’écologie du changement

En adoptant cette posture, on s’aperçoit que la créativité est un véritable processus apprenant, oxygénant, hédoniste, certes un peu hippie (en créativité, il est interdit d’interdire) et pourtant extrêmement efficace : on aboutit le plus souvent à une résolution concrète de problèmes connus ou prévisibles en y apportant des solutions souvent inattendues et imprévisibles.
Alors, levons les freins à la créativité, libérons notre cerveau droit, oublions la peur du ridicule et du changement, apprivoisons l’idée que « seul le danger est créatif » et osons la créativité, en entreprise… comme dans la vie !

* Extrait du livret « les Clés du fonctionnement créatif » d’Isabelle Jacob
Mini bibliographie de la créativité :
« Idées ».100 techniques de créativité pour les produire et les gérer : Guy Aznar. Editions d’Organisation Eyrolles.
Développer sa créativité : Isabelle Jacob et Patrick Duhoux. Editions RETZ

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