Chapitre 18 – Charisme

The authoritarian boss in front of his employeesLe leadership est mort, vive le leadership !

A tous les regarder s’époumoner et s’empoigner pour gagner quelques points dans les sondages, je me demande si le jour J, celui du grand vote, on pourra vraiment  choisir entre deux personnalités politiques qui ont une vraie capacité à mobiliser des individus libres d’agir.  Puisqu’il s’agit déjà de leur leadership, je m’interroge aussi sur la part de séduction que chacun, à grand renfort de « personal branding » et de « story telling », exercera sur nos choix définitifs. Enfin, face à la complexité croissante qui est le terrain de jeu des gouvernants, je me pose la question de savoir si les veilles recettes du 20° siècle dicteront encore les stratégies de conquête, alors qu’en entreprise chacun sait que les ressorts du leadership tels que nous les avons connus sont morts et enterrés.

Progressivement ces dernières années, le portage haut et fort de toutes les problématiques d’un groupe par un seul individu est devenu un contresens. Quasiment personne ne veut plus se reconnaître dans la confiscation des situations et des solutions par une minorité représentée par un seul individu. Les entreprises ont appris à leurs dépens que l’exercice du pouvoir se partage et la gouvernance collective s’impose doucement. Vinci, Société Générale, PSA, Renault, et combien d’autres on vu et voient leurs leaders contestés.  Pourtant,

« l’existence du leader se constate, plus qu’elle ne se proclame » disait encore Lionel Jospin la veille d’un 22 avril.

Alors, qu’est-ce qui a changé au royaume de ceux qui créent un monde auquel on a envie d’appartenir ?

Eloge de la position basse.

Martin Luther King

Photo source : http://www.forbes.com/forbes/welcome/

L’essence du leadership est naturellement dans la vision.

Martin Luther King avait fait un rêve, en d’autres temps, d’une vision de l’Amérique réconciliant toutes ses communautés autour des valeurs de liberté et de respect. Plus de quarante ans après, le fringuant président de tous les Américains a réussi à séduire autrement et différemment pour accéder au rôle le plus prestigieux du monde occidental.  Mais comment ?

Intéressons-nous, non pas à sa stratégie de conquête, ni aux moyens mis en œuvre, mais tout simplement à l’individu et à sa dynamique personnelle et relationnelle. Certes, cet avocat puis sénateur, issu du terrain social, présente les qualités habituelles des leaders : passionné, visionnaire, intègre, exemplaire, audacieux, courageux, honnête, cohérent, doté de sens de l’humour et de bien d’autres qualités que nous ne saurions décrire….Toutefois, c’est ailleurs qu’il fait la différence. Homme pragmatique, adepte du compromis, il inaugure un mode de commandement ouvert et en réseau. Sa vision du monde, non plus bipolaire comme ses prédécesseurs, n’est plus forcément dans l’initiative, ni dans le fait de fixer un cadre enfermant pour ses interlocuteurs, bien au contraire ; ses capacités d’écoute, sa promptitude  à accueillir d’autres visions du monde, tout comme sa volonté de faire primer le collectif sur l’individuel, sont les signes d’un nouveau leadership. Ses premiers pas en politique, ses discours, comme celui du Caire, son prix Nobel de la paix, ne nous trompent pas. A cet égard, la photo de la scène de l’attaque contre Ben Laden  le présentant au milieu de son équipe, « casual », concentré, non pas aux commandes, mais en situation collective, symbolise ce que Obama à changé en politique : le leadership de position basse. Yes, he can !    

Cette nouvelle façon de fédérer les individus qui fait écho à l’état de notre monde (complexité, crises systémiques, niveau de connaissance des personnes, évolution de la  conscience collective…) s’appuie sur un présupposé ; alors que le nouveau leader dispose aussi de l’autorité, il est ouvert aux paradoxes et est en résonance avec le degré de liberté que s’octroient les membres du système qui l’a porté. La position basse induit donc que la valeur première de son action n’est pas tant de trouver « la solution » mais de constituer un cadre collectif qui permet au groupe de contribuer, face au  problème donné, à ouvrir toutes les options. En sollicitant l’intelligence et la créativité collective, il fait émerger une vision plus systémique aux larges possibilités. Cette posture ne fonctionne que si elle s’appuie sur des caractéristiques morales, comme d’enraciner son leadership dans des valeurs exprimées et partagées, d’intégrer à toutes ces démarches une analyse éthique et enfin, d’interroger la dimension sociale et environnementale de la situation.

Plutôt cool mec !

De Jésus à Lady Gaga : donner envie de s’abandonner …

En entreprise, le leadership de position basse est de plus en plus mis en œuvre par les cadres, managers et dirigeants sous l’action de deux leviers : la pression de l’environnement qui oblige à des mutations rapides et permanentes, et le refus de l’acceptation aveugle des changements par les personnes concernées concrètement : pour quoi faire ? Le deuxième levier est l’installation progressive de nouvelles technologies qui favorisent la vitesse de l’information et augmente le niveau de conscience collective au sein des organisations : comment faire différemment ?

Ainsi, la valeur ajoutée du leader est autant de  clarifier la vision et les futurs possibles que de mettre en œuvre les moyens humains et technologiques de l’intelligence collective de l’entreprise. Ceci pour aboutir à la meilleure solution au meilleur moment avec agilité… Ou comment créer des paliers de certitudes dans une globalité incertaine ?

Ce néo-leadership émergeant, il reste à explorer les moyens de l’incarner. Avec quel charisme ? Florilège de quelques affirmations issues de « Charisme et séduction »* :

  • Leur foi dans leur vocation, ils en gardent soigneusement le secret. Ils n’expliquent pas d’où leur vient leur confiance en eux-mêmes. 
  • La figure charismatique exploite la charge refoulée et projette une charge érotique.
  • Au premier temps du christianisme, le charisme était un don ou un talent concédé par la grâce de Dieu et révélant sa présence.
  • L’effet des contradictions est terriblement charismatique.
  • Leur rayonnement est étrange, inexplicable, jamais évident.

Le charisme, dument incarné par le leader porterait donc une dimension quasi mystique. Ce « je ne sais quoi de différent » mérite une clarification au-delà des habituels innés ou acquis, pour lesquels personne, à part les écoles de pensée anglo-saxonnes, n’est capable de statuer. Cinq dimensions uniques ou imbriquées sont communément admises : le charisme de présence donne envie d’agir, le charisme sensuel donne envie de s’abandonner. Lorsqu’il est intellectuel, il donne envie de rêver, de savoir et de comprendre ; s’il est spirituel, il donne envie de rire voire, de pleurer, enfin lorsque il est sacré, il donne envie de croire.

Des noms ! Jésus, Mahomet, Moise, Bouddha, Gandhi, Jean Paul II, Mère Theresa transcendent le temps.  Mais, Zidane, Depardieu, Sharon Stone, Marilyn Monroe, Gary Grant, George Clooney, Fabrice Lucchini, Gad Elmaleh ou encore Lady Gaga représentent chacun à leur manière une incarnation  éloquente de  toutes les dimensions du charisme fait homme ou femme.

 

chef d'orchestre, illustration d'un leadershipLe 5° élément

Dans le cadre de formation, lors de travaux effectués avec des leaders dans différentes organisations, tous sont tombés d’accord avec l’idée suivante : le leader charismatique porte en lui une perception subtile de l’énergie qu’il met en œuvre dans ses processus relationnels.

Sur ces bases « subjectives », nous avons exploré une approche plus sensorielle du charisme en demandant aux stagiaires de définir le charisme de tel ou tel individu au travers des 5 éléments communément admis dans la tradition occidentale. Ainsi, serait Eau, celui qui favorise l’exploration, le connecteur qui met en relation… Son maître mot : flexibilité. Serait Feu, le stimulateur, celui qui transmet son enthousiasme, sa passion. Son énergie soulève les passions et les foules dans une saine émulation. Son maître mot : fluidité. Serait Air, le pur visionnaire, celui qui attise l’intérêt, qui rêve tout haut, qui écoute les signaux faibles et en déduit des tendances… Son maître mot : originalité. Serait Terre celui qui élabore et aide à élaborer, qui accompagne dans un souci de transmettre et de valoriser. Son maître mot : faire faire.  Enfin, serait Espace ou Quintessence, le fameux cinquième élément, celui qui relie, qui renonce et pardonne. Celui qui comprend et admet au delà des simples causes à effet. Son maitre mot : Amour.

Et vous, quel est votre élément ?

N’hésitez pas à laisser vos commentaires sur cette page ! Votre avis, votre expérience terrain du leadership nous intéressent. D’avance, merci pour vos réactions.


Petite bibliographie du charisme :
Leadership et confiance. Alain Duluc. Ed Dunod. 2° ed. 2008
Révélez vos talents de leader. Collectif. Ed ESF. 2007

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