Chapitre 10 – Management Durable

L’entreprise m’a tuer !

C’est en gros ce que pourraient dire à leur psy les victimes du burn out ou laisser sur leur testament les candidats au suicide dans les entreprises. Cinq facteurs de stress concourent à cette détresse :

L’ambiance

Vivre nu au milieu d’un espace, c’est cool sur une plage, un peu moins dans un open-space avec 8 m2 d’espace vital où la course à la productivité est impitoyable. Même un hamster productif serait totalement déconcentré !

La perte de sens

Comparé à ce qui se vit aujourd’hui, les Temps Modernes de Chaplin, c’est de la belle ouvrage fabriquée en équipe solidaire. Exit l’amour du travail bien fait, la qualité c’est un ISO à 12 chiffres, genre code secret pour planquer les profits en suisse. Place à la rentabilité à 2 chiffres pour nourrir des actionnaires avides de résultats, quels que soient les moyens.

La high tech

Quand tu décroches sur ton I-phone payé par ton employeur un dimanche soir, non, ce n’est pas ta mère, c’est un SMS corporate qui t’encourage fortement à lire tes mails asap pour remplacer ton déjeuner du lundi midi par une visioconf… Tes enfants trouvent ça cool, ils peuvent jouer avec ton smartphone, pas toi : il a eu raison de l’impénétrable frontière entre vie privée et vie professionnelle.

La compétition

En avoir ou pas ? la pression, pas celle du café du coin, mais celle qui est censée servir de moteur à la saine émulation, s’est transformée en peurs inavouées de ne pas être à la hauteur des responsabilités, objectifs et autres ambitions, récompensés par des bonus hors du sens commun. Les compétiteurs, ne sont plus dans l’environnement mais dans l’entreprise. Les autres, ceux qui n’ont pas la résistance au stress requise, n’ont plus qu’à les regarder passer comme des vaches, sauf que le train est devenu un TGV…

Le changement

Agilité, vitesse, performance, développement de ton potentiel, flexibilité et le sacro-saint « savoir-être » : si tu n’es pas capable de cumuler tout ça, dans des espaces différents au service de l’entreprise, c’est simple, t’as 2 de tension ! Si, face au changement continu et aux nouveaux enjeux, t’as pas toujours un coup d’avance, t’es déjà has been.

Brèves de cafétéria

C’est ainsi que dans l’imaginaire collectif relayé par les médias, l’entreprise est considérée comme une broyeuse de personnes. Aucune croyance n’incite à penser que l’entreprise est un lieu de plaisir où l’envie au travail serait le point central. L’entreprise n’est alors qu’un système organisationnel qui produit des biens ou des services à marche forcée, sous les contraintes d’un environnement qui fonce pied au plancher. Elle oppose au lieu de rassembler, de façon presque aussi marquée qu’à l’époque des grandes luttes pour la dignité au travail, accentuant le désamour entre les Français et l’entreprise.

Souriez Vous Managez© a recueilli quelques brèves de cafétéria parmi lesquelles se distinguent quatre états d’esprits :

Les « pas motivés » : j’y suis, mais dès que je peux, je me casse !

Cette boite est nulle, de toute façon, j’ai pas envie d’y moisir. Et pour ce que je suis payé…
Donc, je fais le minimum syndical, et qui va me déloger, hein ? Ils n’y arriveront pas comme ça, il y des lois pour nous défendre !
D’un autre coté, faut s’accrocher, 35 heures c’est long !

Les « démotivés » : j’y suis, j’y reste !

Au début, je me suis impliqué, et puis, rien !
Alors, je fais mon travail, pas plus, pas moins. Finalement, je suis conforme à ce qui est demandé, je suis comme les autres, eux aussi font juste ce qu’il y a à faire.
Et puis, c’est pas facile de trouver du travail en ce moment…
En fait, la vraie vie est ailleurs. Ici c’est comme un mac-job, c’est juste alimentaire.
Les managers passent, les collaborateurs restent, crois en mon expérience !

Les « motivés » : j’y suis, autant en profiter !

C’est important pour moi de m’impliquer dans mon travail et dans la vie de l’équipe.
C’est vrai que ce que je reçois n’est pas toujours à la hauteur de mon investissement, mais bon, j’apprends, et puis j’ai ma fierté. En plus, il y a un bon CE.
De toute façon, cela me reviendra positivement un jour ou l’autre…

Les « très motivés » : j’y suis, je me défonce, mais c’est pas ma boite…

C’est important de m’impliquer mais surtout, je veux que mes initiatives soient reconnues.
Et puis, c’est important d’être performant, c’est comme ça que le monde tourne. L’entreprise va reconnaitre mes résultats, c’est sûr !
Dans le pire des cas, j’y laisserai pas ma peau !

7 idées pour un management durable

Alors, comment survivre ensemble en faisant face au changement continu et aux crises qu’il suscite ? Comment réconcilier les hommes et leur entreprise ? Dans « Survivre aux crises »*, Jacques Attali préconise 7 attitudes pour relever ce défi. Souriez Vous Managez© en fait autant de passerelles vers les fondements d’un management durable, à condition de se poser les bonnes questions… et d’y répondre !
Managers, lecteurs, à vous de jouer et de poster ci-dessous vos réponses et commentaires :

Le respect de soi, et des autres

  • Vous vous aimez : beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ?
  • Comment sont identifiées les valeurs de l’entreprise ?
  • Sont-elles incarnées au quotidien dans l’exercice du management, et comment ?
  • Comment résonnent-elles pour moi et dans ma relation aux autres (collaborateurs, clients, prestataires) ?

Le plein usage du temps

  • Pour moi, le temps est-il surtout subi ?
  • Le changement peut-il être apprivoisé ? Comment ?
  • La mission de l’entreprise et sa vision à long terme au delà des aléas immédiats, est elle claire pour tous ?

L’empathie

  • Notre management valorise t’il plus la compétition ou la coopération ?
  • Comment cela est-il mesuré ?
  • Notre management est-il prêt à valoriser une démarche relationnelle naturelle et à la réhabiliter auprès des collaborateurs, des clients, des partenaires et des concurrents ?
  • Faut-il comprendre l’autre pour agir de concert avec lui ?

La résilience

  • Comment rebondir face aux crises ?
  • Les échecs : opportunité d’apprendre ou sanction fatale ?
  • Quelles solutions sont anticipées face aux risques prévisibles (financiers, humains et technologiques)?
  • En situation de crise, pourrons-nous nous relever, encore et encore…. ?

La créativité

  • Que penser de 1+1=3 ?
  • Comment refuser la logique ambiante et transformer des équations habituelles en possibilités de se réinventer ?
  • Quand et comment stimuler la pensée latérale** des personnes et collaborateurs ?

Comment trouver des solutions innovantes, comment imaginer demain et après demain autrement ?

  • Qui développe l’intelligence collective ?
  • La créativité est-elle au service du management ou seulement comme outil de marketing ?
  • Qu’y a t-il sous les pavés ?

L’ubiquité

  • La mobilité, est ce juste prendre le train ?
  • Et si on développait la capacité à devenir tout autre en même temps ?
  • Nouvelles technologies : comment sont équipés les collaborateurs ?

La pensée révolutionnaire

  • Quelle place est faite aux jeunes collaborateurs qui raisonnent de façon complexe et systémique, comme dans un jeu vidéo ?
  • Comment sont analysées les opportunités dés qu’elles se révèlent ?
  • La veille, est-ce juste le jour d’avant ?
  • Comment interpréter les signaux faibles : manque d’intensité ?
  • Comment sont accueillis les nouveaux métiers et nouveaux talents, qui s’en occupe ?
  • Quels sont les effets de miroir interne / externe ?
  • Prêt à faire preuve d’audace ?
* « Survivre aux crises » – Jacques Attali – Fayard 2009
** Dans la pensée verticale, le raisonnement classique utilisé lorsqu’on nous pose un problème se comporte un peu comme un fil à plomb soumis à la pesanteur : on va très vite du problème à la solution en empruntant une autoroute de pensée. Dans ce type de raisonnement, prisonnier des contraintes et refusant de passer outre pour trouver d’autres solutions, on aboutit le plus souvent à une solution peu originale.
Pour penser différemment, il faut d’abord penser à côté (latéralement) puis ramener les évocations, les symboles au problème.

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