Chapitre 1 – Vitesse

Le temps de l’entreprise est différent du temps des hommes

Dans ce contexte de vitesse exponentielle, comment l’entreprise peut-elle intégrer ces facteurs socio-économiques, souvent vécus comme des sources de mal-être pour leurs salariés ? En Avril 2009, Michel Datchary, PDG en poste du Groupe Pages Jaunes nous indiquait : « D’un point de vue stratégique en entreprise, il faut donner des perspectives, mais c’est impossible de planifier à 5 ans, et donc, le sens est plus dilué.
D’un autre coté, l’effort doit être récompensé plus rapidement, pour rassurer et continuer de satisfaire la motivation et le bénéfice attendu. »

Le moyen terme serait donc une succession de courts termes. Le talent de l’entreprise serait de manier ce paradoxe pour en limiter les dommages collatéraux ; à grands coups de virages à 90°, des fusions naissent pour faire face à la globalisation, des pans d’activités sont externalisés, les ressources sont redéployées vers des activités au contact direct du client, les changements sont permanents : c’est la faute de l’environnement.

Et l’envie dans tout ça ?

Incapables de s’adapter aussi rapidement, face à tous ces bouleversements, les êtres humains mettent en place leur principe émotionnel de précaution : revendications, démissions au travail, démotivation, ou pire : peur, anxiété, crispation, suicide. Ainsi, les chômeurs, les employés, les ouvriers, les travailleurs sociaux, les travailleurs indépendants, les cadres, et même les dirigeants, sont otages du changement continu.
Dans ce nouveau contexte, le management des entreprises a perdu la clé de la motivation, tout en exigeant la productivité de ses collaborateurs.
La question qui mérite d’être posée est : comment concilier les besoins de l’entreprise et l’envie des personnes ?

Et l’homme dans ce tourbillon ?

La majorité des messages disent, symboliquement : il faut aller plus vite toujours plus vite, comme nous y invite notre Hyper Président : « il faut accélérer le rythme des réformes » ! Message déjà transmis par les entreprises, elles aussi, soumises au diktat de l’immédiateté : celles qui sont cotées doivent pour une grande majorité cracher des résultats chaque trimestre, comme sont crachés les sondages d’opinion, pour … piloter à vue.
Pour elles, comme pour les autres, l’innovation, la réactivité et le changement sont devenus la seule voie de salut. Pour l’enfer, le paradis ou le purgatoire ?

Comment un être humain peut il gérer le paradoxe vite / lentement ?

Dans les formations que nous animons en entreprise, lorsque nous travaillons sur ces problématiques de vitesse et sur le rôle « d’amortisseur » des managers, nous posons systématiquement la question : Et vous, à quel rythme avez-vous procédé à des changements significatifs dans vos parcours personnels ? Et vos collaborateurs ?
La réponse est dans 90% des cas : environ tous les 4 à 5 ans pour les managers et tous les 5 à 10 ans pour les collaborateurs ; mettant en évidence une vitesse de l’environnement en temps subi et des rythmes plus lents, propres aux personnes, en temps vécu. Sauf pour les jeunes nés après 1985 qui arrivent sur le marché du travail, les « Y », élevés dans ce nouvel environnement et qui aiment ça, tellement fort, que pour eux, le rythme de l’entreprise c’est deux de tension…

Ça va de plus en plus vite et ça change tout le temps !

Le monde qui nous entoure, d’habitude tellement complexe que seul un accès au sacré permettait aux initiés de le comprendre, s’est très largement simplifié : 1-0, 0-1. Notre univers numérisé est devenu binaire. La compression des données, le format numérique, les ordinateurs ont engendré un transfert de plus en plus massif de données qui speedent notre monde dans un univers cybernétique. L’information circule si vite que les machines comme les hommes sont en mode saturation.

L’accélération de l’accès à l’information a augmenté aussi la vitesse de diffusion des progrès scientifiques, qui eux même ont accéléré la relation au temps. En parallèle, la terre est devenue un village global où tout est marchandise. Tout cela s’est déroulé sous nos yeux et dans nos vies de façon exponentielle depuis 1985, et ça continue …

Plus pratiquement, cette vitesse subie a généré de nouveaux outils de « mobilité », présents en permanence dans nos poches et dans nos sacs : le classique « allo » a fait place au désormais célèbre « t’es où ? ». Nous vivons en temps réel dans l’immédiateté. Passé, présent et futur dans la même poche.

Plus prosaïquement, la réalité de l’ordinateur comme outil de travail, de communication ou d’extension de la mémoire n’est plus à remettre en cause. Pourtant, aucune marche arrière n’a été livrée avec, même si certains préconisent le retour à la terre, avec une sincérité digne de Thoreau dans Walden où la vie dans les bois…

La métaphore du bambou

On raconte qu’il existe en chine une variété de bambous tout à fait particulière. Si l’on sème une graine dans un terrain propice, il faut s’armer de patience…

En effet, la première année, il ne se passe rien : aucune tige ne daigne sortir du sol, pas la moindre pousse. La deuxième année, non plus. La troisième ? Pas davantage. La quatrième, alors ?…Que nenni ! Ce n’est que la cinquième année que le bambou pointe enfin le bout de sa tige hors de terre. Mais il va alors pousser de douze mètres en une seule année : quel rattrapage spectaculaire !

La raison en est simple : pendant cinq ans, alors que rien ne se produit en surface, le bambou développe de prodigieuses racines dans le sol grâce auxquelles, le moment venu, il est en mesure de faire une entrée triomphante dans le monde visible, au grand jour.

Pin It on Pinterest