La coopération a pris une place notable dans la société avec bon nombre d’expériences variées : les coopératives de production et de services, l’usage partagé de services et ressources de toutes sortes, les circuits courts et les fab lab, entre autres solutions innovantes. On pourra noter que ces solutions sont surtout des solutions de crise empruntées aux pratiques d’échanges et de troc ancestrales des pays pauvres, même si elles sont modernisées grâce aux possibilités d’internet. Pour autant, cette vague n’a pas encore atteint significativement les entreprises. Celles-ci veulent tout au plus développer la transversalité, la cohésion des équipes comme un remède au travail en silos mais la coopération n’est pas encore promue en tant que telle comme génératrice non seulement de bien-être mais aussi de profit. Seules quelques entreprises mutualistes commencent à vouloir mettre en cohérence certains de leurs modes de fonctionnement internes avec leur raison d’être. Mais elles ne touchent pas encore à la structure même de leur organisation.

Cependant, s’il est clair que dans la plupart des cas, la coopération n’est qu’une réaction à un excès d’individualisme, il se pourrait heureusement que, grâce à certains effets de la mondialisation et sous l’empire de la nécessité, cette tendance trouve un socle plus solide qui la rende pérenne.

La mondialisation et les réorganisations de puissances commencent à contrebalancer l’influence culturelle américaine dominante qui promeut tellement le héros solitaire. Il en va ainsi de l’essor économique des pays asiatiques : Japon, Chine, Inde notamment, qui nous montrent d’autres exemples de réussite collectives inspirants.

L’influence des modèles asiatiques plus collectifs.

funny cartoon asian businessmanAu Japon, les comportements dans l’entreprise sont culturellement coopératifs car familiaux. Ayant travaillé 6 ans dans une banque japonaise, j’ai été surpris de voir travailler ensemble autour d’une immense table rectangulaire, toute l’équipe des fusions-acquisitions avec en bout de table le DG et sur les côtés de part et d’autre de la table, tous les experts par ordre hiérarchique jusqu’au plus junior. Le patron japonais se définit lui-même sa mission comme la capacité à créer les conditions pour que ses collaborateurs soient innovants et impliqués.
Et le Japon nous a donné les cercles de qualité, en particulier.
La Chine, nouveau leader mondial, pourrait aussi exporter son modèle culturel libéral/communiste comme les Etats-Unis ont exporté le leur depuis la deuxième guerre mondiale dans les coffres de son expansionnisme commercial.
En Inde, le dynamisme et l’innovation apportent déjà de nombreux exemples de sociétés innovantes qui construisent l’organisation autour du collectif. La devise de Vineet Nayar, PDG de HCL Technologies (Inde) ? « les employés d’abord, les clients ensuite » !

La nécessité financière

La nouvelle division internationale du travail qui provient notamment de l’industrialisation des pays émergents situés en Asie ou en Amérique du Sud a modifié la carte de la spécialisation internationale ; les pays en développement fabriquent désormais les biens manufacturés et les pays développés se spécialisent alors dans les services et dans l’industrie de pointe à forte valeur ajoutée. Pour cela, il faut des investissements colossaux qui nécessitent la coopération entre entreprises. On constate déjà que dans de nombreux secteurs comme celui de la recherche, il n’y a plus d’avancée sensible sans réel travail d’équipe ; il en va de même pour l’innovation qui nécessité de vaste technopôles et la nécessité de moyens informatiques toujours plus considérables nécessitant des mutualisations de moyens et de ressources, C’est devenu patent dans la construction automobile où des entreprises concurrentes créent des filiales communes ; des banques pourtant concurrentes le font aussi pour regrouper des moyens informatiques.
Nos réflexes sont tels que si, face au stress nous nous replions sur nous-mêmes, face à un danger extérieur nous nous réunissons.

Enfin les bénéfices de la coopération

Community LearningA côté de la nécessité, il y a aussi les bénéfices de la coopération qui se font sentir en termes d’efficacité mais aussi de plaisir. La mise en œuvre de l’intelligence collective permet la synthèse entre la promotion de l’individu et celle du collectif. Et qui a goûté de la potentialisation de l’intelligence collective ne reviendra plus en arrière.
Un exemple magnifique l’illustre dans le domaine de l’éducation ; ce sont les célèbres expériences pédagogiques de Sugate Mitra en Inde ou en Afrique du Sud : il a laissé un ordinateur à la disposition d’enfants des bidonvilles de New Delhi et ceux-ci, sans aucune explication et sans connaître l’anglais ont d’eux-mêmes appris le langage informatique ainsi que l’anglais, sans professeur, et en quelques mois seulement !
Si la coopération est perçue par chacun comme une nécessité et comme le meilleur moyen d’être efficace tout en se développant individuellement pour le service du collectif, c’est une sacrée avancée pour les organisations et pour les personnes qui se profile. C’est aussi un vœu prometteur en ce début d’année 2015.

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