Par Manuel de Sousa

crédit photo : Zachary-nelson-192289-unsplash

 

Mais qui est donc ce junior inconnu ?

Les nouvelles générations n’existent que par comparaison avec les plus anciennes, et aussi vrai que la terre tourne, il y aura toujours de nouvelles générations. Toutefois, les petits derniers du 21° siècle sont vraiment très différents des anciens. Eh oui !

Ah, les anciens !  Les vétérans qui ont connu l’après-guerre et se sont donnés à fond pour acheter une voiture, un téléviseur et construire leur pavillon de banlieue. Et puis, les baby-boomers qui sont encore nostalgiques des années 68 et de son cortège de libertés individuelles (sans parler des effluves de patchouli), le tout sur des riffs de rock progressif aussi bruyants que la nécessaire révolution, camarade. Ils ont ouvert les portes de la perception au travers d’une autre révolution, douce et riche, celle du numérique, qu’ils ont mis au monde.

Et puis, les X, enfants des crises énergétiques, alimentaires et environnementales, qui se sont rétractés dans leurs pavillons devenus bunkers pour s’adonner au bricolage, au jardinage et à la redécouverte de la cuisine saine dans un juste équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Le tout accompagné par les machines et des logiciels issus de la révolution numérique.

Et les jeunes : les Millennials, les fameux Y, shootés aux ordinateurs, aux jeux vidéo, à la découverte de l’entrepreneuriat de soi. Les bien nommés Slashers qui compartimentent tout, et qui ne veulent donner aux organisations que le juste nécessaire, et encore si l’organisation les traitent comme des clients internes.

Enfin, les Z (et là, quelle sera la génération suivante, alors que nous sommes à la fin de l’alphabet ?). Ces Z, tellement smartphone, tellement internet, tellement réseaux sociaux, tellement séries TV que le monde semble être une sorte de jeu, dont ils occupent la première place avec une dextérité tellement digitale que l’on peut se demander si ce sont encore des mammifères ?

Nous y voilà, alors que ces derniers arrivent dans les entreprises en traînant des pieds, poussés par leurs parents qui leur parlent de vraie vie, les managers désarçonnés par leur manque d’implication ne savent pas bien comment les intégrer.

Alors, comment faire pour aider les juniors à progresser, et ainsi, les fidéliser ? 

1. Agir dans le cadre de référence du junior : celui de la gamification

 

  • Être ou ne pas être dans le flow ? Cet état psychologique optimal de motivation intrinsèque, où l’individu se donne complètement à son activité, éprouvant ainsi plaisir, joie liberté et accomplissement (comme le décrit Le psychologue Hongrois Mihaly Csilkszentmihalyi dans sa théorie du flow). Ce flow qui caractérise le sport, et aussi les jeux virtuels. Les éditeurs de jeux ont bien compris comment le créer en augmentant la difficulté à mesure que les compétences augmentent, et cela en créant des niveaux. Eh bien, c’est ce dont il s’agit : créer le flow. Si les codes des juniors sont les jeux virtuels, il est opportun de manager selon ces codes. Aussi, rentrons dans les principes du jeu.

 

  • Premièrement, il s’agit d’atteindre un niveau supérieur, pour gagner ou tout simplement devenir le meilleur ; ainsi il faudra procéder par niveaux, les fameux levels qui ont envahi la langue française. Avec un junior, on fixera de façon claire le niveau à atteindre sous un mois (par exemple : dans un mois, tu dois pouvoir répondre aux clients au téléphone et rediriger tous les appels en interne), et pas plus. En général, les juniors ont une relation au temps très immédiate. Ainsi, un mois, c’est déjà tellement loin. Ensuite, il faudra tracer les différents levels pour l’atteindre. Soit globalement un niveau (ou objectif intermédiaire) par semaine.  

 

  • Exemple : au terme de la première semaine, tu dois savoir te présenter au téléphone : Société, Prénom, Nom, que puis-je faire pour vous ? Et ce avant le quatrième appel. Puis, en procédant ainsi toutes les semaines, votre collaborateur junior augmentera ses compétences… il conviendra alors de passer au niveau supérieur. Toutefois, il faut un stimulus pour continuer de progresser. Mais avez-vous des stimuli dans votre poche ?

2. Pratiquer le feedback spécial Jeun’s

 

  • Secundo, l’atteinte d’un niveau demande une approbation par la machine avant de déclencher la possibilité de gravir un level.  Dans les jeux virtuels, le feedback machine est avant tout positif ou tout simplement complaisant, rarement brutal ; il convient de garder cela en mémoire. De plus les juniors gavés de séries TV, la majorité du temps anglo-saxonnes, connaissent les codes de l’affirmation de soi positive, et du « positive thinking ». Bien que cela ne signifie pas qu’ils le pratique, une connaissance n’est en aucun cas une compétence. Pourtant ils savent le décoder. De plus, leurs parents les ont souvent ultra choyés, car si les familles veulent moins d’enfants, c’est pour mieux s’en occuper. Ainsi, une posture négative ou un feedback négatif ébranleront en un mégabit record toute velléité de passer au level supérieur, ce sera la fin du flow. 

 

  • C’est pourquoi, il est préférable d’opter pour l’optimisme quasi béat en pratiquant le feedback spécial Jeun’s, c’est un feedback tellement riche de reconnaissance positive que trop le pratiquer peut vous faire craindre des risques de diabète. Donc, feedback riche mais authentique, à utiliser avec modération ET uniquement lors du passage d’un niveau.

 

  • Premier temps : féliciter « Bravo Kevin, tu as assuré comme un as, vraiment c’est super ». Il faut user de signes de reconnaissance conditionnels et inconditionnels. L’émotion positive générée par ce feedback créera une dynamique d’action pour continuer… Ensuite, comme tout n’est pas toujours aussi parfait que vous le dites, il faudra bien donner les axes de progrès, malgré tout. Attention, restons sur le feedback machine et gardons le coté complaisant : j’ai vu que par moment ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air, moi à ta place, je ferai ainsi ; ou bien, ton pote Louis, lui il a trouvé une méthode super imparable, il fait comme ça… Il s’agit bien de procéder par analogies, conseils et astuces pour faire évoluer une situation, pour maintenir le flow. Enfin, après avoir laissé votre jeune collaborateur s’exprimer, tout en positivant, vous pouvez finir par un encouragement « top, c’est top, tu vas y arriver ! C’est sûr, j’ai confiance en toi…Go Kevin ».

 

  • Si vous avez du mal à vous souvenir de tout, pensez à un hamburger : première couche positive et sucrée comme un bun, au milieu le steak, c’est le plat de résistance : il convient de parler de comment améliorer la cuisson ou lui donner plus de goût. Puis, de nouveau le bun sucré et positif.

3. Continuer d’être directif

 

  • Bien sûr, il convient de ne rien lâcher, et continuer de pratiquer une directivité bienveillante peut demander beaucoup d’énergie. C’est pourquoi cela doit devenir une nouvelle compétence de management. C’est à cette condition que vous ferez progresser vos juniors. Ainsi, intégrer de la gamification dans votre management est aujourd’hui un facteur de succès, pour vos collaborateurs et pour vous bien entendu.

 

Lâchez vos préjugés, créez du flow !

Anna Edery, souriez vous managez

Consultant, pédagogue, facilitateur et superviseur de managers

Manuel aide les personnes à développer leurs plus belles dynamiques afin qu’elles deviennent ce qu’elles peuvent être. Il s’attache à ce qu’elles évoluent avec plaisir dans un environnement toujours incertain, en transmettant son enthousiasme et les clés de la complexité, sous un angle sociologique. Il s’anime de générosité et de précision lorsque il accompagne, forme ou supervise des managers ; un vrai rêve de jardinier. Après un parcours de manager en grande distribution bricolage, puis de Directeur de Négoce et enfin chef d’entreprise dans le bâtiment pendant 10 ans, (Leroy-Merlin, Arre-vert, Déco-Locaux), Manuel quitte le domaine du commerce pour mettre son expérience au service des Managers…

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